La délivrabilité email est l’une des disciplines les plus techniques — et les plus sous-estimées — de l’email marketing. Vous pouvez rédiger le meilleur email du monde, avec le meilleur objet et la meilleure offre : s’il finit en spam ou est rejeté, il ne vaut rien. Ce guide vous explique tout ce que vous devez savoir pour que vos emails arrivent en boîte de réception.
Comprendre la délivrabilité : définition et enjeux
La délivrabilité email désigne la capacité d’un email à atteindre la boîte de réception de son destinataire, plutôt que d’être rejeté, filtré en spam ou simplement ignoré par les serveurs de messagerie.
On distingue deux niveaux :
Le taux d’acceptance (ou taux de livraison) : pourcentage d’emails acceptés par le serveur destinataire. Un email rejeté ne compte même pas dans les “livrés”.
Le taux d’inbox placement : pourcentage d’emails effectivement placés en boîte de réception (par opposition au dossier spam). C’est le vrai indicateur de délivrabilité.
Selon les études de Return Path et Validity, environ 20% des emails légitimes n’atteignent jamais la boîte de réception. Pour certains secteurs (finance, immobilier, rencontre), ce chiffre peut monter à 30-40%.
Qui décide si votre email est spam ?
La décision est prise par les filtres anti-spam des fournisseurs de messagerie (Gmail, Outlook, Yahoo, Orange, etc.). Ces filtres analysent des centaines de signaux en quelques millisecondes :
- L’authentification de l’expéditeur (SPF, DKIM, DMARC)
- La réputation de l’IP et du domaine expéditeur
- Le contenu de l’email (mots-clés, ratio texte/images, liens)
- L’historique de comportement des destinataires (ouvertures, clics, signalements spam)
- Le volume et la régularité des envois
SPF : autoriser vos serveurs d’envoi
SPF (Sender Policy Framework) est le premier pilier de l’authentification email. C’est un enregistrement DNS TXT qui liste les serveurs autorisés à envoyer des emails au nom de votre domaine.
Comment fonctionne SPF
Quand un serveur reçoit un email de votre domaine, il interroge votre DNS pour vérifier que le serveur expéditeur est dans la liste SPF. Si oui, l’email est considéré comme légitime. Sinon, il peut être rejeté ou marqué comme suspect.
Configurer SPF
L’enregistrement SPF s’ajoute dans votre zone DNS (chez votre registrar ou hébergeur DNS) :
v=spf1 include:_spf.votreESP.com ~all
v=spf1: version du protocoleinclude:_spf.votreESP.com: autorise les serveurs de votre ESP (à adapter selon votre fournisseur : Brevo, Mailchimp, Mailjet, etc.)~all: soft fail — les emails venant d’autres serveurs sont acceptés mais marqués
Pour une protection plus stricte, utilisez -all (hard fail) : les emails venant d’autres serveurs sont rejetés.
Points d’attention :
- Vous ne pouvez avoir qu’un seul enregistrement SPF par domaine (tout rassembler sur une seule ligne)
- La limite de 10 “lookups DNS” ne doit pas être dépassée
DKIM : signer cryptographiquement vos emails
DKIM (DomainKeys Identified Mail) ajoute une signature cryptographique à chaque email. Cette signature permet au serveur destinataire de vérifier que l’email n’a pas été altéré entre l’expédition et la réception.
Comment fonctionne DKIM
Votre ESP génère une paire de clés cryptographiques (publique + privée). La clé privée signe chaque email. La clé publique est publiée dans votre DNS. À la réception, le serveur destinataire utilise la clé publique pour vérifier la signature.
Configurer DKIM
Chaque ESP vous fournit les instructions spécifiques à suivre. Le processus général :
- Générer les clés dans votre compte ESP
- Ajouter l’enregistrement CNAME ou TXT fourni dans votre DNS
- Vérifier la configuration avec les outils de votre ESP ou MXToolbox
Pour vérifier que DKIM fonctionne : envoyez un email test à une adresse Gmail, puis regardez les en-têtes de l’email (option “Afficher les en-têtes d’origine”) — vous devez voir dkim=pass.
DMARC : orchestrer SPF et DKIM
DMARC (Domain-based Message Authentication, Reporting & Conformance) est la couche de politique qui gouverne SPF et DKIM. Il indique aux serveurs destinataires quoi faire quand SPF ou DKIM échouent, et permet de recevoir des rapports détaillés.
Les politiques DMARC
v=DMARC1; p=none; rua=mailto:dmarc@votredomaine.fr
p=none: monitorer uniquement, ne rien bloquer (idéal pour commencer)p=quarantine: mettre en spam les emails qui échouentp=reject: rejeter complètement les emails qui échouent (politique la plus stricte)
Mettre en place DMARC progressivement
La stratégie recommandée :
- Mois 1-2 :
p=noneavec adresse de rapport → analyser les sources d’envoi légitimes - Mois 3-4 :
p=quarantine; pct=10→ 10% des emails qui échouent vont en spam - Mois 5-6 :
p=quarantine; pct=100→ tous les échecs en spam - Ensuite :
p=reject→ rejet complet (protection maximale contre le phishing)
Un partenaire comme JTH Informatique peut vous accompagner dans la mise en place de ces protocoles de protection contre le phishing et les emails frauduleux, en particulier pour les entreprises qui gèrent leur propre infrastructure email.
La réputation d’expéditeur : votre “score de crédit” email
Même avec une configuration SPF/DKIM/DMARC parfaite, une mauvaise réputation d’expéditeur peut nuire à votre délivrabilité. Les fournisseurs de messagerie attribuent un score à chaque domaine et adresse IP expéditeur, basé sur l’historique des envois.
Facteurs qui influencent la réputation
Signaux positifs :
- Taux d’ouverture élevés et réguliers
- Taux de clics positifs
- Réponses aux emails
- Déplacements vers la boîte de réception (depuis spam)
Signaux négatifs :
- Plaintes spam (bouton “Signaler comme spam”)
- Taux de rebonds élevés (adresses invalides)
- Faibles taux d’engagement sur une longue durée
- Envois vers des spamtraps (adresses pièges maintenues par les anti-spam)
Surveiller sa réputation
Outils gratuits pour monitorer votre réputation :
- Google Postmaster Tools : réputation de domaine et d’IP pour Gmail
- Microsoft SNDS : réputation pour Outlook/Hotmail
- Sender Score (Validity) : score de 0 à 100 pour votre IP
- MXToolbox : vérification des listes noires
Warm-up IP : construire sa réputation progressivement
Si vous utilisez une nouvelle adresse IP (ou changez d’ESP), vous devez construire progressivement votre réputation d’expéditeur. C’est le “warm-up” (ou montée en charge progressive).
Calendrier de warm-up typique
| Semaine | Volume quotidien recommandé |
|---|---|
| 1 | 200-500 emails/jour |
| 2 | 1 000-2 000 emails/jour |
| 3 | 5 000-10 000 emails/jour |
| 4 | 20 000-50 000 emails/jour |
| 5-8 | Augmentation progressive jusqu’au volume cible |
Règles du warm-up :
- Commencer par les abonnés les plus engagés (ceux qui ouvrent régulièrement)
- Éviter les listes froides ou non nettoyées
- Maintenir des taux d’engagement élevés (> 20% d’ouverture)
- Ne pas faire de grands sauts de volume
Nettoyer sa liste email : indispensable pour la délivrabilité
Une liste email propre est la base d’une bonne délivrabilité. Les adresses invalides, dormantes ou mal acquises nuisent à votre réputation.
Quand et comment nettoyer sa liste
Nettoyage technique : supprimer les rebonds durs immédiatement, traiter les rebonds doux après 3-4 tentatives. La plupart des ESPs le font automatiquement.
Nettoyage comportemental : identifier les abonnés inactifs (pas d’ouverture depuis 6-12 mois). Lancer une campagne de réengagement. Supprimer ceux qui ne réagissent pas.
Validation d’adresses : avant un import massif, utiliser un service de validation d’emails (NeverBounce, ZeroBounce, Bouncer) pour identifier et supprimer les adresses invalides.
Les spamtraps : la menace invisible
Les spamtraps sont des adresses email maintenues par les organisations anti-spam pour détecter les expéditeurs qui n’ont pas un bon processus de collecte. Il en existe deux types :
- Pristine spamtraps : adresses qui n’ont jamais appartenu à un utilisateur réel. Si vous en avez une, c’est que vous avez acheté ou scrappé des listes.
- Recycled spamtraps : anciennes adresses réelles abandonnées puis recyclées comme pièges. Si vous en avez, c’est que vous envoyez à des adresses trop anciennes.
La présence de spamtraps dans votre liste peut déclencher un listing immédiat en blacklist.
Contenu email et délivrabilité
Le contenu de votre email influence aussi la délivrabilité. Les filtres anti-spam analysent le corps de l’email.
Optimiser le contenu pour la délivrabilité
Ratio texte/images : un email 100% image est suspect. Visez 60% texte, 40% images minimum.
Liens : tous les liens doivent pointer vers des domaines légitimes. Un seul lien vers un domaine blacklisté peut suffire à envoyer votre email en spam.
Mots déclencheurs : certains mots sont sur-représentés dans les spams (“gratuit”, “gagnez”, “urgent”, “offre limitée”). Les utiliser n’envoie pas automatiquement en spam, mais accumulés, ils augmentent le score spam.
Version texte : toujours inclure une version texte brut de votre email (multipart/alternative). Les emails sans version texte sont suspects.
Surveiller et améliorer sa délivrabilité
La délivrabilité n’est pas une configuration “une fois pour toutes” — c’est une pratique continue.
KPIs de délivrabilité à surveiller
- Taux d’acceptance (livraison réelle)
- Taux d’inbox placement (via des outils comme GlockApps ou Litmus)
- Taux de plaintes (objectif : < 0,1%)
- Taux de rebonds durs (objectif : < 1%)
- Score de réputation (Sender Score > 90)
Tests de délivrabilité
Avant chaque campagne importante, testez la délivrabilité avec :
- Mail-tester.com : score de délivrabilité global + conseils
- GlockApps : test d’inbox placement multi-fournisseurs
- Litmus : aperçu dans 100+ clients email + délivrabilité
Conclusion : la délivrabilité, une discipline continue
La délivrabilité email est à la fois technique et stratégique. Une bonne configuration SPF/DKIM/DMARC est le socle indispensable. Mais c’est la qualité de votre liste, l’engagement de vos abonnés et la pertinence de vos contenus qui font la différence sur la durée.
Investir dans la délivrabilité, c’est protéger votre principal canal de communication. Et c’est aussi, souvent, l’amélioration qui a le plus grand impact sur le ROI de vos campagnes.
Pour aller plus loin : créer une liste email opt-in de qualité et mesurer les bonnes métriques sont vos prochaines lectures essentielles.
Questions fréquentes
Plusieurs causes possibles : absence de configuration SPF/DKIM/DMARC, réputation d'expéditeur dégradée (trop de rebonds, plaintes), contenu déclenche les filtres anti-spam (mots comme 'gratuit', 'urgent', trop d'images), envoi depuis une IP partagée avec des spammeurs, ou liste email contenant des adresses invalides ou achetées. Commencez par vérifier votre configuration technique avec les outils MXToolbox ou Mail-tester.com.
SPF (Sender Policy Framework) est un enregistrement DNS qui spécifie quels serveurs sont autorisés à envoyer des emails au nom de votre domaine. Sans SPF, les serveurs destinataires ne peuvent pas vérifier que l'email provient bien de vous — ce qui augmente le risque de rejet ou de classement en spam. La configuration se fait dans votre zone DNS, typiquement en ajoutant un enregistrement TXT de type 'v=spf1 include:_spf.votreESP.com ~all'.
DKIM (DomainKeys Identified Mail) est une signature cryptographique ajoutée à chaque email, qui permet au destinataire de vérifier que le message n'a pas été altéré en transit. DMARC (Domain-based Message Authentication, Reporting & Conformance) est une politique qui indique aux serveurs destinataires quoi faire si SPF ou DKIM échouent (ignorer, mettre en quarantaine, rejeter) et permet de recevoir des rapports sur les tentatives d'usurpation de votre domaine. Les trois fonctionnent ensemble : SPF + DKIM + DMARC = bouclier complet.
Le warm-up IP est le processus progressif d'augmentation du volume d'envoi depuis une nouvelle adresse IP. Les fournisseurs de messagerie (Gmail, Outlook, etc.) font confiance aux IPs avec un historique positif. Une IP neuve qui envoie 100 000 emails le premier jour sera immédiatement suspecte. Le warm-up consiste à commencer par quelques centaines d'emails, augmenter progressivement sur 4-8 semaines, et privilégier les abonnés les plus engagés au départ. Nécessaire si vous changez d'ESP ou passez à une IP dédiée.
D'abord identifiez la liste noire via MXToolbox Blacklist Check. Chaque liste a sa propre procédure de délisting — consultez le site de la blacklist concernée. Les plus courantes (Spamhaus, SORBS, Barracuda) ont des formulaires de demande de suppression. Avant de demander le délisting, résolvez le problème à l'origine du listing (nettoyez votre liste, corrigez la configuration technique, supprimez les scripts compromis). Sans correction préalable, vous serez à nouveau listé rapidement.
